Les doigts mous du baraquin crissaient, du sable qui lui tombait dessus. Il lui en glissait jusque sur les yeux, dans ses paupières qui craquent. Ses genoux brûlants s'enfonceaient dans le sol meuble tout autour, et il gardait la tête levée devant la vaste cataracte où le sable creusait la trombe, qui s'écrasait beaucoup plus bas. D'où vient ce sable ? Le monument marquait la limite du monde. Derrière la falaise, qui sait ? Le sable tombait dans un vacarme, dans un vertige.
Il avait posé son pantin craquelé dans les buissons. Assis, les bras mous, sa petite tête ronde rougissant de plaques pastelles. La bouche un peu ouverte, vers les falaises entre lesquelles la poussière remonte dans un remous solide. Il ne veut plus rien dire. A ses lèvres on aurait pu croire qu'il avait soif.
La forêt étouffait les résonnances de la cascade. Il fallait voyager des jours à travers les sapins pour arriver au gouffre, où le sable plongeait à tête baissée depuis les hauteurs. Depuis des années, durant le voyage, on lui avait raconté toutes sortes de choses à propos de l'endroit ; un lieu de doubles suicides, une frontière impassible du monde où les dieux, mystère d'érosion qui ne s'achevait pas tout à fait et où les continents tiraient toutes leurs origines ; c'était la gorge où le monde rotait dans les nuages, d'anciens hommes y perpétraient des rituels de sauvages et des enfants nubiles y lançaient à peine leurs mères sans remords. Il avait écouté tout ça, et de pires encore.
Il était sourd, ses doigts séchés, les articulations de sa poupée craquaient du sable à chaque geste ; ses yeux étaient maintenant pleins de terre et il ne savait plus si le brouillard se dissiperait.
samedi 28 novembre 2009
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