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jeudi 24 septembre 2009

Ride, si sapis

J'entrouvre, le temps d'y coller un de mes globes, l'opercule de l'homme.


Il y a comme un déséquilibre dans certaines discussions qui me prive de mon bon droit. Je vois un mot ou une phrase, qui m'offense, et je sais alors que je tiens mon adversaire. Je sais que ce que j'éprouve en le voyant ou l'entendant est juste, et digne. Cela résiste à la relativité. Et pourtant, quelque chose se passe, qui renverse toute la situation à son avantage.

Imaginons qu'en discutant avec quelqu'un, on ait à côté une balance. Elle oscille, puis s'emballe, et invariablement elle finit par pencher de mon côté. Ce qu'elle pèse est évidemment le tort, plus lourd à porter.

Ces poids au cou, je ne peux plus lever la tête, et me voilà quelque temps après les cornes dans le mur, obligé de laisser l'autre partir aussi rouge de lèvres qu'une adolescente oublieuse. Par ma précipitation, j'ai gâché littéralement tout. Car l'autre sera certes reparti avec toute innocence - ce qui est déjà insolent ; mais je pourrais encore me consoler de cette innocence aux dépens de celui qui l'éprouve, s'il n'emportait pas avec le sentiment d'avoir été victime d'une injustice. Par un renversement déchirant, je suis devenu - et je le reconnais de bonne foi et avec toute ma bonne grâce, c'est le pire - l'agresseur.

Je ne peux plus crier "Non !" à ceux qui me lèsent. J'ai beau me débattre et agiter les chaînettes des plateaux qui me pendent aux aisselles, il est trop tard et je vois bien l'offense. Mais j'ai été abusé par la fumée qui me sortait des naseaux. J'y ai senti une urgence à charger là où il fallait au contraire s'asseoir les jambes croisées sur tout son bon droit et pointer à l'autre, dans un sourire, son petit tas de tort. Car c'est souvent tout ce qui reste à faire : on peut montrer les dents pour mordre ou pour moquer. Le choix devrait être fait moins vite.

Aussi pour conclure aimerais-je attirer l'attention sur la proximité du Taureau et de la Balance, et demander à tous ceux qui se donnent la peine de venir malgré tout débusquer des Minotaures, au mépris de tous les efforts que leurs murs et leurs pièges leur avaient coûtés, s'ils ont jamais pensé qu'ils venaient tuer là des enfants du grand Juge, de celui qui aura le dernier mot quand il s'agira de leur choisir une place pour toute l'éternité au royaume des Enfers.