Les beaux me font peur ; une beauté sévère, et quand ils sourient, on peut toujours se demander ce qu'il entre de cruauté dans leurs lèvres qu'ils pincent. Ils menacent. Leur oeil surtout vient nous chercher, ils tapent ; toute leur personne paraît enfin comme un reproche, injuste et féroce.
Il y a des gens qui ont encore la chance de pouvoir prendre chaque automne quelques têtes nouvelles aux feuilles de platanes à chancre coloré qu'on voit par la fenêtre de leur bibliothèque. Ils peuvent se dire à l'occasion tout bas les méchancetés qu'ils veulent, elles ne mènent à rien. (Quand le dos commence à faillir, il reste à épuiser de toute urgence les pas qui subsistent. Peut-être en suivant ses derniers piétons, quelqu'un verra-t-il avec joie quelque visage défectueux dont il ne soupçonnait pas exactement encore le plaisir.) C'est le moment où les impressions, qui sont surtout des clichés, s'épluchent farouchement aux plus indifférents visages. Il aura bientôt fait le tour de ce primitif inventaire. Gare à celui qui s'en tiendra là pour juger, comme à l'autre qui tourne la page sans ouvrir le moins la bouche, sans laisser savoir qu'il a lu. Gare.
J'aime ne pas aimer les autres, même si je sais que ce n'est pas sérieux
Le faciès, la particularité, le choix, mais en fait ce n'est pas un choix et ça s'impose, de coeur, entre le moins beau qu'on aime, et le beau qui fait peur... Et l'idée joyeuse d'une découverte par couches de gens nouveau à l'arrivée de l'automne, d'une foule d'aprioris qu'on laisse avec plus ou moins de bonheur déborder dans un premier temps, avant de voir comment tout cela va se tasser quand les gens vont se mettre à agir et parler.
L'air de certaines personnes, qui nous font imaginer toute une histoire, ou encore des scènes simplement, "derrière" elles ou leurs visages, comme si leur visage était deux miroirs face à face. On les voit, et on se dit qu'on aimerait bien être leur ami.
mardi 29 septembre 2009
jeudi 24 septembre 2009
Plan B
Il y a du désespoir dans le tombeauP. Riard
Comme la découverte au matin par une enfant des premières flueurs dans l'eau de son bain, la débâcle des grandes idées marque parfois à tout jamais les imaginations de celui qui la vit. Si l'évènement fait trauma, la seule pensée d'idées pareilles pourra provoquer une répulsion telle qu'il s'interdira la manipulation même de ces grandiloquences. Ou peut-être cela produira-t-il l'effet d'une déception, et il ne pourra plus les regarder en face sans garder le souvenir de leur trahison.
Il lui reste alors à trouver comment vivre avec de telles idées, qui ne manquent pas pour être débâclées de continuer à se présenter derrière ses paupières. En se dégoûtant du recours aux idées grandes, une diète spirituelle gronde, qui peut-être aussi nuisible dans l'ascèse que l'abondance dans la vacuité. Surtout c'est un combat fratricide ou gémellaire qui s'engage, et qui ne connait pas d'issue. Je ne prétend pas qu'il faille éviter le combat ; mais on n'a pas toujours envie de passer sa vie en campagne.
Il lui reste alors à trouver comment vivre avec de telles idées, qui ne manquent pas pour être débâclées de continuer à se présenter derrière ses paupières. En se dégoûtant du recours aux idées grandes, une diète spirituelle gronde, qui peut-être aussi nuisible dans l'ascèse que l'abondance dans la vacuité. Surtout c'est un combat fratricide ou gémellaire qui s'engage, et qui ne connait pas d'issue. Je ne prétend pas qu'il faille éviter le combat ; mais on n'a pas toujours envie de passer sa vie en campagne.
Dans le commentaire d'un épisode des Simpsons, l'un des scénaristes
explique que ce qu'il trouve si drôle dans la scène qu'on est en train de voir, c'est que la blague se joue à l'arrière-plan. Il évoque une scène de Sleeper, où Woody Allen se bat avec un pudding géant pendant que des personnages discutent au premier plan, et dont tout l'humour tient pour lui dans cette place donnée à l'évènement. Le déplacement d'un gag au second plan lui applique une gaze délicate qui, souvent, comme la rousseur naissante aux joues d'un garçon pâle, en réchauffe les charmes. Si l'efficacité du procédé reste discutable, il se pourrait qu'on ait là malgré tout comme un modèle grâce auquel on pourrait garder leur place à certaines idées dans nos discours, tout en neutralisant leur grandiloquence.Ce en quoi elles posent problème est qu'elles tendent à occuper tout l'espace de la pensée. Ce sont des enflures, schématiques, et raccourcies, qui agissent en fait comme un écran devant le reste, qui nous importe. Leurs autres défauts, leur aspect larmoyant, fat ou péremptoire, sont des effets de surface de cette propension à monopoliser l'attention.
C'est pourquoi il me semble frapper plus fort de les maintenir dans le champ de pensée en les reléguant à un plan où on les verrait petites et où on les entendrait moins, que de les neutraliser en les relativisant ou en les mettant dans un contexte. C'est dans ce sens là que la scène de Sleeper me paraît manquée, parce qu'elle dirige précisément l'attention sur le second plan au lieu d'essayer de l'en détourner ; or pour réussir proprement son effet, le second plan devrait créer une tension avec ce qui se passe devant ; il ne s'agit pas de montrer la même chose depuis un point opposé. Par une démarche un peu cruelle, on frapperait l'idée précisément là où ça lui fait le plus
mal, sans lui laisser la consolation de pouvoir se cacher et revenir plus tard. Par le spectacle continu de sa taille véritable, peut-être parviendrait-on alors à l'éduquer elle-même et à la débarrasser de ses plus répugnants défauts.
Libellés :
beaucoup d'indulgence,
esthétique,
flueurs,
insertion d'images râtée
Ride, si sapis
J'entrouvre, le temps d'y coller un de mes globes, l'opercule de l'homme.

Il y a comme un déséquilibre dans certaines discussions qui me prive de mon bon droit. Je vois un mot ou une phrase, qui m'offense, et je sais alors que je tiens mon adversaire. Je sais que ce que j'éprouve en le voyant ou l'entendant est juste, et digne. Cela résiste à la relativité. Et pourtant, quelque chose se passe, qui renverse toute la situation à son avantage.
Imaginons qu'en discutant avec quelqu'un, on ait à côté une balance. Elle oscille, puis s'emballe, et invariablement elle finit par pencher de mon côté. Ce qu'elle pèse est évidemment le tort, plus lourd à porter.
Ces poids au cou, je ne peux plus lever la tête, et me voilà quelque temps après les cornes dans le mur, obligé de laisser l'autre partir aussi rouge de lèvres qu'une adolescente oublieuse. Par ma précipitation, j'ai gâché littéralement tout. Car l'autre sera certes reparti avec toute innocence - ce qui est déjà insolent ; mais je pourrais encore me consoler de cette innocence aux dépens de celui qui l'éprouve, s'il n'emportait pas avec le sentiment d'avoir été victime d'une injustice. Par un renversement déchirant, je suis devenu - et je le reconnais de bonne foi et avec toute ma bonne grâce, c'est le pire - l'agresseur.
Je ne peux plus crier "Non !" à ceux qui me lèsent. J'ai beau me débattre et agiter les chaînettes des plateaux qui me pendent aux aisselles, il est trop tard et je vois bien l'offense. Mais j'ai été abusé par la fumée qui me sortait des naseaux. J'y ai senti une urgence à charger là où il fallait au contraire s'asseoir les jambes croisées sur tout son bon droit et pointer à l'autre, dans un sourire, son petit tas de tort. Car c'est souvent tout ce qui reste à faire : on peut montrer les dents pour mordre ou pour moquer. Le choix devrait être fait moins vite.
Aussi pour conclure aimerais-je attirer l'attention sur la proximité du Taureau et de la Balance, et demander à tous ceux qui se donnent la peine de venir malgré tout débusquer des Minotaures, au mépris de tous les efforts que leurs murs et leurs pièges leur avaient coûtés, s'ils ont jamais pensé qu'ils venaient tuer là des enfants du grand Juge, de celui qui aura le dernier mot quand il s'agira de leur choisir une place pour toute l'éternité au royaume des Enfers.

Il y a comme un déséquilibre dans certaines discussions qui me prive de mon bon droit. Je vois un mot ou une phrase, qui m'offense, et je sais alors que je tiens mon adversaire. Je sais que ce que j'éprouve en le voyant ou l'entendant est juste, et digne. Cela résiste à la relativité. Et pourtant, quelque chose se passe, qui renverse toute la situation à son avantage.
Imaginons qu'en discutant avec quelqu'un, on ait à côté une balance. Elle oscille, puis s'emballe, et invariablement elle finit par pencher de mon côté. Ce qu'elle pèse est évidemment le tort, plus lourd à porter.
Ces poids au cou, je ne peux plus lever la tête, et me voilà quelque temps après les cornes dans le mur, obligé de laisser l'autre partir aussi rouge de lèvres qu'une adolescente oublieuse. Par ma précipitation, j'ai gâché littéralement tout. Car l'autre sera certes reparti avec toute innocence - ce qui est déjà insolent ; mais je pourrais encore me consoler de cette innocence aux dépens de celui qui l'éprouve, s'il n'emportait pas avec le sentiment d'avoir été victime d'une injustice. Par un renversement déchirant, je suis devenu - et je le reconnais de bonne foi et avec toute ma bonne grâce, c'est le pire - l'agresseur.
Je ne peux plus crier "Non !" à ceux qui me lèsent. J'ai beau me débattre et agiter les chaînettes des plateaux qui me pendent aux aisselles, il est trop tard et je vois bien l'offense. Mais j'ai été abusé par la fumée qui me sortait des naseaux. J'y ai senti une urgence à charger là où il fallait au contraire s'asseoir les jambes croisées sur tout son bon droit et pointer à l'autre, dans un sourire, son petit tas de tort. Car c'est souvent tout ce qui reste à faire : on peut montrer les dents pour mordre ou pour moquer. Le choix devrait être fait moins vite.
Aussi pour conclure aimerais-je attirer l'attention sur la proximité du Taureau et de la Balance, et demander à tous ceux qui se donnent la peine de venir malgré tout débusquer des Minotaures, au mépris de tous les efforts que leurs murs et leurs pièges leur avaient coûtés, s'ils ont jamais pensé qu'ils venaient tuer là des enfants du grand Juge, de celui qui aura le dernier mot quand il s'agira de leur choisir une place pour toute l'éternité au royaume des Enfers.
Libellés :
horoscope,
mythologie,
pragmatique du discours
jeudi 10 septembre 2009
Menstrues masculines.
L'époque était assurément impitoyable. Il fallait toujours de la vigilance, encore, et encore. Et ça n'était jamais assez, car il fallait répondre à une responsabilité exagérée de Christ ou d'Atlas. Ensuite, à l'examen de cette posture bien fate, accessible au premier venu ; après tout, c'était l'élégance et le goût de notre présence qu'on jugeait.Quoi qu'il en soit, j'étais frappé d'un haut-le-cœur entier comme du lait, et puisqu'il avait été question au-dessus d'un excès de sang, j'aime à dire qu'il m'en remontait à la bouche. C'est que toutes les idées me paraissent dénuées d'élégance et de talent, et qu'elles arrivent à nous les genoux déjà secs et croustillants. De là mon intérêt pour ces vulgarités ; car c'en sont. Chaque parole avec des relents ferrugineux qui me faisaient un peu plus tituber sur ma planche et pencher la balance.
L'une d'entre celles-là, plus souriante, plus garçonne peut-être, avait des poupées musicales. Je lui intimais de les démembrer, quand elle répondit avec hauteur qu'il en était déjà question. Puis je me trouvais, j'aimerais dire malgré moi mais il faut bien dire que non, sans plus d'occupation. Je la renvoyai d'un coup de pied, sans pour autant lui porter plus d'affection. Me pardonnez-vous ce geste ?
Peut-être en va-t-il avec elles comme il en va avec les hommes, il y a un jet de séduction auquel on se doit de prêter attention, et c'est bien dommage pour les las, dont la traîne embarrassée semble vouloir les excuser, mais qui les inculpe bien plutôt. Mais la grande domestique qu'on n'aperçoit jamais, mais qui vous guette souvent cachée derrière un coin d'horloge ou de buffet, est toujours là pour passer sa grande chiffe, et tout s'organise avec la clarté d'une salle de réveil.
Je me tourne vers la glace, j'y vois mes lèvres coagulées, comme un banal parleur de salon, et je suis réveillé, je n'ai pas bougé. Le feu, les cendres ne bougeaient plus dans la coupe, j'avais fini. Consolation des consolations, je tente une dernière fois de capter mon reflet sur le carreau épais et noir...
mercredi 2 septembre 2009
Nihil sub sole novum

Ainsi, un combat commence.
Un chauve illustre, dont l'esprit devait jaillir par éclats de son crâne en autant de rayons oisifs et lumineux, a sûrement dû vouloir noter un jour quelque chose comme ça :
Un chauve illustre, dont l'esprit devait jaillir par éclats de son crâne en autant de rayons oisifs et lumineux, a sûrement dû vouloir noter un jour quelque chose comme ça :
Quelle que soit la beauté d'une chose, si on la voit tous les jours, elle devient pareille à un tas d'ordure.
Nous expurgerons la cicatrice de son contexte matrimonial et, décidément misogyne. Néanmoins, n'avons-nous pas tous quelque chose à apprendre d'un monceau d'immondices s'élevant peu à peu du visage sans sexe et sans défaut d'une jeune personne sous l'effet du regard un peu humide et cruel malgré lui de son amant qui baille ? De ce même monceau bouchant jour après jour les ports de la crique où leur amour est né, et où les marchands las, eux aussi, soulaient délasser quelques heures leurs pieds secs dans l'herbe avant de reprendre la route ?
J'ai rarement des réponses. Je suis à peu près sûr de ne m'accorder avec la citation ci-dessus que dans la mesure où elle trace un horizon d'effroi. Et au fond je suis convaincu qu'elle n'est pas fascinante par ce qu'elle dit de l'habitude (car son pouvoir d'érosion est en fait une idée très commune), mais qu'il y a autre chose dans cet effroi qui essaie de parler. On est juste trop prévenus pour entendre vraiment.
Pourquoi vous détacher ces feuillets. Comment le faire avec élégance ? Peut-être en tirant profit de la gratuité du cahier, et en ne s'attardant pas trop sur chaque page quand l'encre tarit. Et puis je vous aime bien, et les occasions sont si rares...
Voici donc. J'en appelle pour finir à votre bienveillance, puisque comme un moustachu illustre a sûrement pensé l'écrire un jour, c'est cette petite chose qui préside à la plupart de nos actes, et qui devrait en tout cas vous guider ici dans l'interlocution que j'essaie de vous faire accepter. A tout hasard, ayez-en même assez pour deux. Ca ne sera pas gâché.
J'ai rarement des réponses. Je suis à peu près sûr de ne m'accorder avec la citation ci-dessus que dans la mesure où elle trace un horizon d'effroi. Et au fond je suis convaincu qu'elle n'est pas fascinante par ce qu'elle dit de l'habitude (car son pouvoir d'érosion est en fait une idée très commune), mais qu'il y a autre chose dans cet effroi qui essaie de parler. On est juste trop prévenus pour entendre vraiment.
Pourquoi vous détacher ces feuillets. Comment le faire avec élégance ? Peut-être en tirant profit de la gratuité du cahier, et en ne s'attardant pas trop sur chaque page quand l'encre tarit. Et puis je vous aime bien, et les occasions sont si rares...
Voici donc. J'en appelle pour finir à votre bienveillance, puisque comme un moustachu illustre a sûrement pensé l'écrire un jour, c'est cette petite chose qui préside à la plupart de nos actes, et qui devrait en tout cas vous guider ici dans l'interlocution que j'essaie de vous faire accepter. A tout hasard, ayez-en même assez pour deux. Ca ne sera pas gâché.
Inscription à :
Articles (Atom)
