Il y a du désespoir dans le tombeauP. Riard
Comme la découverte au matin par une enfant des premières flueurs dans l'eau de son bain, la débâcle des grandes idées marque parfois à tout jamais les imaginations de celui qui la vit. Si l'évènement fait trauma, la seule pensée d'idées pareilles pourra provoquer une répulsion telle qu'il s'interdira la manipulation même de ces grandiloquences. Ou peut-être cela produira-t-il l'effet d'une déception, et il ne pourra plus les regarder en face sans garder le souvenir de leur trahison.
Il lui reste alors à trouver comment vivre avec de telles idées, qui ne manquent pas pour être débâclées de continuer à se présenter derrière ses paupières. En se dégoûtant du recours aux idées grandes, une diète spirituelle gronde, qui peut-être aussi nuisible dans l'ascèse que l'abondance dans la vacuité. Surtout c'est un combat fratricide ou gémellaire qui s'engage, et qui ne connait pas d'issue. Je ne prétend pas qu'il faille éviter le combat ; mais on n'a pas toujours envie de passer sa vie en campagne.
Il lui reste alors à trouver comment vivre avec de telles idées, qui ne manquent pas pour être débâclées de continuer à se présenter derrière ses paupières. En se dégoûtant du recours aux idées grandes, une diète spirituelle gronde, qui peut-être aussi nuisible dans l'ascèse que l'abondance dans la vacuité. Surtout c'est un combat fratricide ou gémellaire qui s'engage, et qui ne connait pas d'issue. Je ne prétend pas qu'il faille éviter le combat ; mais on n'a pas toujours envie de passer sa vie en campagne.
Dans le commentaire d'un épisode des Simpsons, l'un des scénaristes
explique que ce qu'il trouve si drôle dans la scène qu'on est en train de voir, c'est que la blague se joue à l'arrière-plan. Il évoque une scène de Sleeper, où Woody Allen se bat avec un pudding géant pendant que des personnages discutent au premier plan, et dont tout l'humour tient pour lui dans cette place donnée à l'évènement. Le déplacement d'un gag au second plan lui applique une gaze délicate qui, souvent, comme la rousseur naissante aux joues d'un garçon pâle, en réchauffe les charmes. Si l'efficacité du procédé reste discutable, il se pourrait qu'on ait là malgré tout comme un modèle grâce auquel on pourrait garder leur place à certaines idées dans nos discours, tout en neutralisant leur grandiloquence.Ce en quoi elles posent problème est qu'elles tendent à occuper tout l'espace de la pensée. Ce sont des enflures, schématiques, et raccourcies, qui agissent en fait comme un écran devant le reste, qui nous importe. Leurs autres défauts, leur aspect larmoyant, fat ou péremptoire, sont des effets de surface de cette propension à monopoliser l'attention.
C'est pourquoi il me semble frapper plus fort de les maintenir dans le champ de pensée en les reléguant à un plan où on les verrait petites et où on les entendrait moins, que de les neutraliser en les relativisant ou en les mettant dans un contexte. C'est dans ce sens là que la scène de Sleeper me paraît manquée, parce qu'elle dirige précisément l'attention sur le second plan au lieu d'essayer de l'en détourner ; or pour réussir proprement son effet, le second plan devrait créer une tension avec ce qui se passe devant ; il ne s'agit pas de montrer la même chose depuis un point opposé. Par une démarche un peu cruelle, on frapperait l'idée précisément là où ça lui fait le plus
mal, sans lui laisser la consolation de pouvoir se cacher et revenir plus tard. Par le spectacle continu de sa taille véritable, peut-être parviendrait-on alors à l'éduquer elle-même et à la débarrasser de ses plus répugnants défauts.
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