Les doigts mous du baraquin crissaient, du sable qui lui tombait dessus. Il lui en glissait jusque sur les yeux, dans ses paupières qui craquent. Ses genoux brûlants s'enfonceaient dans le sol meuble tout autour, et il gardait la tête levée devant la vaste cataracte où le sable creusait la trombe, qui s'écrasait beaucoup plus bas. D'où vient ce sable ? Le monument marquait la limite du monde. Derrière la falaise, qui sait ? Le sable tombait dans un vacarme, dans un vertige.
Il avait posé son pantin craquelé dans les buissons. Assis, les bras mous, sa petite tête ronde rougissant de plaques pastelles. La bouche un peu ouverte, vers les falaises entre lesquelles la poussière remonte dans un remous solide. Il ne veut plus rien dire. A ses lèvres on aurait pu croire qu'il avait soif.
La forêt étouffait les résonnances de la cascade. Il fallait voyager des jours à travers les sapins pour arriver au gouffre, où le sable plongeait à tête baissée depuis les hauteurs. Depuis des années, durant le voyage, on lui avait raconté toutes sortes de choses à propos de l'endroit ; un lieu de doubles suicides, une frontière impassible du monde où les dieux, mystère d'érosion qui ne s'achevait pas tout à fait et où les continents tiraient toutes leurs origines ; c'était la gorge où le monde rotait dans les nuages, d'anciens hommes y perpétraient des rituels de sauvages et des enfants nubiles y lançaient à peine leurs mères sans remords. Il avait écouté tout ça, et de pires encore.
Il était sourd, ses doigts séchés, les articulations de sa poupée craquaient du sable à chaque geste ; ses yeux étaient maintenant pleins de terre et il ne savait plus si le brouillard se dissiperait.
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samedi 28 novembre 2009
mercredi 25 novembre 2009
Les mots qui tuent
Dans mes recherches ingénues de la phrase philosophale - sésame ultime, graal des orateurs, tranché à même la langue de Dieu - et permettant d'anéantir dans un soupir la distance d'une oreille à l'autre, - il s'est déposé entre mes mains une autre pierre, plus sombre, plus précieuse, où dans des fumées de couleur j'ai cru voir une plaie sourire.

Ne brillant pas de sérendipité, j'avais dû la ranger dans un des nombreux plis de mon manteau de charlatan, et j'allais oubliant, à travers villes, à travers vents, tourné dans mon élan par une pourriture, n'ouvrant de moins en moins mon pan que pour y trouver une herbe ou deux à tinter l'eau d'un thé pour des jeunes filles malades.
Or donc la pierre n'attendait pas, et exerçait sur moi ses larmes imbéciles. Mes yeux bouffis m'avaient privé de clientèle, et je me suis bientôt retrouvé à lécher les cailloux du chemin pour en avoir le sel. Un simple mot mettait en fuite des villages entiers. Mon haleine a dépeuplé plus de campagnes que la peste noire et les Anglais.

Une fois bien débarassé, couché dans les cendres chaudes et prêt à passer ma nuit, j'ai été attaqué par de fauves évidences. Le feu que j'avais alimenté les tenait à distance, mais cela ne pouvait pas continuer jusqu'à la fin des nuits. Elles sont si répandues sur la face de la terre qu'il n'y a jamais assez d'entailles où fourrer leur museau. Je me suis bien battu, je crois, mais j'ai dû finir par me rendre. Les tripes à l'air, je me suis relevé après, et j'ai continué sur la route en trainant mes lambeaux où apparaissaient encore quelques poches où j'ai pu renouer mes chairs et brûler quelques peaux ensembles.
C'est dans ce bricolage de la dernière chance que j'ai retrouvé le joyau de mauvaise augure. Il a roulé un moment sur la pente, et comme il s'éloignait j'aperçus déjà au loin une ou deux filles de ferme qui venaient pour me secourir. D'une torsion de hanche, j'ai arraché mon bras vers le bas du caniveau, et mes doigts sans ongles se sont lacés autour du galet triste. Elles ont stoppé tout net.
Il n'y a peut-être que ... en ce monde, mais j'ai au moins le ... de ...

Ne brillant pas de sérendipité, j'avais dû la ranger dans un des nombreux plis de mon manteau de charlatan, et j'allais oubliant, à travers villes, à travers vents, tourné dans mon élan par une pourriture, n'ouvrant de moins en moins mon pan que pour y trouver une herbe ou deux à tinter l'eau d'un thé pour des jeunes filles malades.
Or donc la pierre n'attendait pas, et exerçait sur moi ses larmes imbéciles. Mes yeux bouffis m'avaient privé de clientèle, et je me suis bientôt retrouvé à lécher les cailloux du chemin pour en avoir le sel. Un simple mot mettait en fuite des villages entiers. Mon haleine a dépeuplé plus de campagnes que la peste noire et les Anglais.

Une fois bien débarassé, couché dans les cendres chaudes et prêt à passer ma nuit, j'ai été attaqué par de fauves évidences. Le feu que j'avais alimenté les tenait à distance, mais cela ne pouvait pas continuer jusqu'à la fin des nuits. Elles sont si répandues sur la face de la terre qu'il n'y a jamais assez d'entailles où fourrer leur museau. Je me suis bien battu, je crois, mais j'ai dû finir par me rendre. Les tripes à l'air, je me suis relevé après, et j'ai continué sur la route en trainant mes lambeaux où apparaissaient encore quelques poches où j'ai pu renouer mes chairs et brûler quelques peaux ensembles.
C'est dans ce bricolage de la dernière chance que j'ai retrouvé le joyau de mauvaise augure. Il a roulé un moment sur la pente, et comme il s'éloignait j'aperçus déjà au loin une ou deux filles de ferme qui venaient pour me secourir. D'une torsion de hanche, j'ai arraché mon bras vers le bas du caniveau, et mes doigts sans ongles se sont lacés autour du galet triste. Elles ont stoppé tout net.
Il n'y a peut-être que ... en ce monde, mais j'ai au moins le ... de ...
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